Les réseaux sociaux influent sur les amitiés adolescentes

Ghada Choucri Mercredi 11 Décembre 2019-14:00:29 Jeunesse
Les réseaux sociaux influent sur les amitiés adolescentes
Les réseaux sociaux influent sur les amitiés adolescentes

Pour préserver l'authenticité de leurs relations amicales, les ados doivent apprendre à maîtriser les réseaux sociaux et à prendre du recul, selon le site Slate.fr.

Facebook, Instagram... La bataille fait rage entre les plateformes numériques pour accaparer l'attention des adolescent·es. Mais depuis 2018, c'est Snapchat qui revendique une position dominante chez les 13-34 ans.

Ce réseau social éditorialise les relations amicales et produit une quantification de leur intensité affective. L'algorithme classe ainsi les meilleur·es ami·es de chaque utilisateur ou utilisatrice, leur attribue des trophées en fonction de la nature des images échangées et du rythme des interactions. C'est ainsi qu'un record de «flammes» récompense l'échange quotidien de photos, sans interruption.

Créateur du bouton like de Facebook, dont il a reconnu le fonctionnement addictif, Justin Rosenstein compare même Snapchat à une drogue, l'héroïne. Face à ces machines de guerre économique, comment est-ce que les ados réussissent à préserver l'authenticité de leurs relations amicales? À protéger leur vie privée et la civilité de leurs échanges?

Une enquête qualitative de terrain, menée en mai 2019 auprès d'une cinquantaine de lycéen·nes en Normandie, nous permet d'esquisser des pistes de réponse. Au cours de nos entretiens, ils et elles ont manifesté un certain recul sur leurs pratiques et sur les rouages des réseaux sociaux. Néanmoins, cinq points de vigilance sont à noter.

Snapchat, réseau de référence

Rares sont les élèves qui déclarent utiliser peu fréquemment les réseaux sociaux, encore plus singulier·es sont celles et ceux qui n'en utilisent qu'un. Les plus cités: Snapchat, Instagram, Twitter, WhatsApp, Facebook et Messenger.

Si les quatre premiers sont nommés spontanément, Facebook l'est plus rarement, alors même que les élèves y sont très majoritairement inscrits. Les ados l'oublient car il s'agit «d'un vieux réseau», qui ne leur sert quasiment plus, si ce n'est pour se souvenir des anniversaires des membres de leur famille ou de leurs ami·es. Twitter, bien que régulièrement cité, est peu détaillé ensuite par les lycéen·nes.

Les réseaux préférés sont Snapchat et Instagram. Snapchat est le réseau social conversationnel de référence, où s'échangent des vidéos ou des photos amusantes, des informations (pour la classe) mais aussi des confidences. Il permet des conversations en mode public, avec un certain nombre de contacts, ou en mode privé avec des contacts électifs. Le système des flammes oblige les ados à s'envoyer coûte que coûte des photos quotidiennement (et souvent un écran noir!) pour continuer de marquer l'amitié d'un trophée.

Quelles que soient les stratégies de contournement, la plupart hésitent à rompre le système dès lors qu'il s'est enclenché, sous peine de risquer une brouille. Comment faire la distinction entre les exigences de la plateforme et la déception de l'ami·e qui risque de «perdre les flammes»? En témoignent le nombre de sites qui proposent des astuces pour les «retrouver»… L'amitié se nourrit d'une exigence de preuves numériques constantes, qui par moment les étouffent. C'est ainsi qu'elle se retrouve hackée par le réseau.

L'hyperconnexion pour ne pas blesser l'autre

Il ne suffit pas simplement de regarder ce qu'il se passe sur ces réseaux, il faut réagir immédiatement lorsque les amis postent des messages ou des photos. Liker est un minimum. Et quand ils ou elles envoient photos ou messages, les adolescent·es se trouvent dans une impatience aiguë, la vitesse de réaction de la part du destinataire servant de jauge du degré́ d'affection qu'il leur porte.

Pour éviter de blesser ses ami·es, il faut donc être toujours en action. La plateforme accentue l'attente en informant celle ou celui qui a envoyé le message de la présence du destinataire en ligne. La réponse rapide sert de témoignage et de preuve de leur amitié. Trop poster de messages finit cependant par lasser l'entourage.

Sur Snapchat, où se partagent les images drôles, les selfies d'autodérision, il est déconseillé de les enregistrer, à moins d'être proche et de préparer «un dossier», sorte d'album photo numérique et ironique publié lors de l'anniversaire du jeune, qu'il est attendu de tolérer.

Compter son nombre d'ami·es, de contacts, de followers, celles et ceux avec qui on a une flamme et depuis combien de temps, participe d'une culture de la quantification de soi, qui fortifie ou abîme un narcissisme fragile.

Sur Instagram, il faut donner l'image de soi la plus lisse possible, mettre des photographies qui flattent l'amour-propre. Il faut être beau, belle, à l'instar des images de papier glacé des magazines.

Les filles ont plus de pression

Des règles, plus ou moins tacites, doivent être respectées. Malheur au contrevenant ou, plus précisément, à la contrevenante. Car, au jeu de l'exposition de soi, les règles sont bien plus strictes pour les filles que les garçons. Avoir une réputation revient en l'occurrence à avoir mauvaise réputation, ce que redoutent les adolescentes.

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